Concert du 02 mai 2005 à Radio France

Emmanuel Hocdé à l'orgue de la salle Olivier Messiaen 02 Mai 2005

Le jeune organiste Emmanuel Hocdé a remporté trois prix lors du concours de Chartres 2002. Le 12 mai, il donne un récital dans le cadre de la série Déclic, et nous donne l'occasion d'entendre l'orgue de la salle Olivier Messiaen.

Emmanuel Hocdé, une question classique pour commencer : comment et pourquoi vous êtes-vous intéressé à l'orgue ? — Mes parents n'étaient pas musiciens et je n'ai pas été mis devant un piano à l'âge de trois ans ! C'est moi seul qui, vers quatorze ou quinze ans, ai pris goût à la musique puis à cet instrument particulier qu'est l'orgue. J'ai pris des cours de piano et d'orgue avec un amateur, puis j'ai intégré la classe de Gaston Litaize au Conservatoire de Saint-Maur, et celle d'Olivier Latry au Conservatoire National Supérieur de Paris. J'ai également travaillé avec Michel Chapuis.

N'avez-vous pas été effrayé à l'idée de commencer dix ans après tout le monde ? — Non. L'idée de faire carrière dans la musique ne s'est d'ailleurs pas imposée d'emblée. Elle est venue peu à peu, et tout s'est fait presque naturellement dans mon esprit. Aujourd'hui, l'orgue fait partie de ma vie à différents titres : outre les récitals que je donne, je suis titulaire des orgues de Saint-Éloi, dans le XIIe arrondissement de Paris, et j'enseigne dans différentes écoles de Bretagne et de la région parisienne.

N'est-il pas difficile de répéter quand on est organiste ? N'éprouvez-vous pas un sentiment d'isolement lors de vos concerts ? — Certes, il est plus facile pour un pianiste de répéter chez lui, mais il est toujours possible de travailler dans des églises, dans certains conservatoires qui ont des instruments à tuyaux, évidemment préférables pour le toucher et la sonorité que les instruments électriques. Quant aux concerts, je trouve au contraire qu'il est très agréable de rester dans son monde, là-haut, à la tribune. La musique passe au-dessus du public, elle remplit l'édifice, le rapport entre les différents éléments qui font le concert est différent. Cela étant, il existe des églises, comme Saint-Eustache à Paris, où la console est en bas. Sans parler des salles comme Radio France où la notion même de tribune n'a pas de sens.

Quels sont les instruments sur lesquels vous avez joué qui vous ont le plus séduit ? — S'il fallait n'en citer que quelques uns, je dirais : à Paris, l'orgue de Saint-Sulpice et celui de Notre-Dame, celui de la cathédrale de Strasbourg, celui de Saint-Bertrand-de-Comminges. L'orgue de la cathédrale de Chichester, en Angleterre, n'est pas sans charme. Parmi les orgues neufs, celui d'Atlanta, aux États-Unis, a lui aussi ses vertus. Parmi les plus anciens sur lesquels j'ai joués, l'orgue de Brescia (ville située entre Venise et Milan), qui date du XVIe siècle, est assez remarquable, même s'il a été bien sûr restauré. Tous les instruments ont leur personnalité et sont intéressants pour différentes raisons. Les Cavaillé-Coll ont des jeux d'anche profonds, les orgues baroques ont un plein-jeux scintillant, des jeux de fond assez doux, etc. Personnellement, j'ai une tendresse pour les Cavaillé-Coll et pour le répertoire qui leur convient le mieux : Franck, Vierne, Widor, Duruflé, Messiaen... Le grand orgue de Radio France, lui, est un instrument néo-classique. Il a un nombre de jeux comparable à celui d'un Cavaillé-Coll, il permet le même type de crescendo, mais son harmonisation est moins ronde.

Avez-vous l'impression que les compositeurs d'aujourd'hui s'intéressent à votre instrument ? — Certains, comme le regretté Jean-Louis Florentz ou comme Thierry Escaich, ont beaucoup écrit pour orgue. Lors des Journées de l'orgue contemporain, qui se sont tenu en janvier dernier, on s'est rendu compte que l'orgue était un instrument très vivant dans la musique dite contemporaine. Lors du concert du 12 mai, je vais jouer une pièce de Valéry Aubertin, compositeur né en 1970, une œuvre inspirée de plusieurs toiles de Van Gogh, à la fois tendue, évocatrice, qui utilise très bien les timbres.

Pratiquez-vous l'improvisation ? — Oui, bien sûr, dans le cadre de la liturgie et parfois à la fin des concerts. Lors de la séance éducative qui précédera le récital, dans l'après-midi du 12 mai, je serai sans doute amené à improviser devant les enfants pour mieux leur présenter l'instrument.

Propos recueillis par Christian Wasselin

Le récital du 12 mai sera diffusé le 28 mai à 13h sur France Musiques.